Auto Production Galères et Hypocrisie
A deux doigts de remettre en cause les misérables petits êtres humains que nous sommes, accrochés à notre vie si futile à léchelle de la planète, nos millions de petits mondes bien pensants recroquevillés sur nous mêmes, à servir égoïstement les intérêts frustres de nos nombrils béants
A deux doigts de condamner le système dans lequel nous suffoquons, bombardés dinformations à ne savoir quen faire, au point que la culture devient jetable et que nous perdons toute identité propre au profit dune identité générale décidée par le plus sordide de tous nos vices, lappât du pouvoir et du gain
je dois centrer cet article sur la difficulté dexister dans le paysage culturel actuel pour le musicien indépendant que je suis... Je tenais à dire avant tout que ne suis pas dupe de lhypocrisie générale dans laquelle nous sommes tous inexorablement plongés piégés la société de consommation- et tout comme vous, lecteur, de la difficulté dêtre au milieu de tout ça, tout simplement.
Alors être artiste ou plombier, est-ce un choix, vraiment ? Est-on passionné ou contraint, est-ce lappât du gain, la facilité, est-ce dans les gènes ? Nous a ton menti ? Qui décide ? A la télé il paraît facile de devenir une star, de rouler dans de grosses bagnoles et de parcourir les nuits blanches. Je les vois venir nos gamins, cest évident ! Pourquoi passer sa vie à semmerder quand il suffit dun peu desbrouffe et de tchatche
Combien dentre eux ne vont jamais sen remettre ? De la réalité de la vie, de ce système auquel on ne peut échapper tu travailles tu consommes, jen crève aussi, cest si loin de ce quils nous font imaginer
Pire, nous participons tous à lélaboration de cette spirale de par notre individualisme exacerbé.. Chacun pour soi, Dieu pour les autres, Dieu existe-til ?
Je suis dans le circuit de lauto production depuis 1988, jai aujourdhui 37 ans, et jai ponctué ce parcours musical par de nombreux projets de groupes, tout en dérivant vers la musique de films et la photographie. Jai choisi de morienter vers un univers sans concessions, sans viser la conception dun « produit », je nai jamais su faire autrement et voilà bien ma perte. Aussi je mauto produis, inlassablement, (8 Cds et 400 concerts depuis 1990) avec tout ce que cela comporte comme galère et non sens.
Lauto production, cest une entreprise à part entière, mais sans structure ni soutien ni recette. Il y a deux orientations principales : le studio et la scène. Le dilemme déjà se pose: pour trouver de beaux concerts il faut de bonnes maquettes. Cela passe de toute façon par la constitution dune association de plusieurs musiciens autour du même projet
généralement le groupe. Financièrement le temps est à lorage. Le groupe finance son matériel, ses répétitions, ses déplacements, ses enregistrements
Le groupe évolue alors dans le paysage culturel actuel de lhexagone. Les majors et la sur-consommation ne leur laissent que des miettes. Les radios, la télévision, les sites de ventes mp3 « légaux », la presse, les salles de concerts, galvanisées par les ventes, déversent aveuglement les produits tiroir caisse
(essayez pour voir, de télécharger sur les structures « légales » des artistes indépendants
) Le groupe doit donc évoluer dans de petites salles et nous nageons en pleine hypocrisie. Aux yeux de la loi, dans le cadre dun concert, il doit y avoir un organisateur qui prennent en charge
mais si vous savez
les intermittents, les déclarations Sacem, le reversement aux ayants droits, la participation
Que Dalle ! La salle met à disposition le lieu et le groupe organise son concert. Il n y a ni contrat, ni déclaration, dans 90% des cas. La loi est détournée. Le groupe parvient à dealer une indemnisation, genre note de frais, il peut parfois faire ses entrées (tenir la caisse) ou passer le chapeau / vendre des Cds. Le groupe doit-il déclarer au fisc les 150 Euros récupérés dans le meilleur des cas ? Jamais de tels concerts ne devraient avoir lieu simplement ils sont les poumons du réseau indépendant et notre seul outil de résistance. Ces lieux doivent être subventionnés et les groupes payés et déclarés pour sy produire.
Le groupe cherche à évoluer, après plus de deux ans de galère et à défaut de production, il décide de sauto produire un album Gros-Son et de mettre le paquet (à ce stade, déjà 80% des groupes se sont dissous). Chacun y va de sa fortune et le Cd est produit. Lauto production cest aussi lautogestion/financement des mailings, contacts, envois de Cds, rappels, courriers
le manager généralement un membre du groupe- y passe sa vie entière. Vous êtes vous demandé comment vit-il, au quotidien ?
Dautant que les démarches ont peine à faire mouche, noyées dans le flot continu des envois des autres groupes. Les créneaux se font rares dans le paysage audiovisuel, pour les artistes indépendants. Combien démissions de télé ou de radio se font miroir de la réalité ? Il ny a quà regarder sur le Web, le nombre de groupes référencés dans les sites catalogue, pour comprendre que la réalité, ce nest pas cette soupe quon nous sert, ces stars qui se suivent et se jettent
pour comprendre que le public ny croit plus. La fréquentation des festivals indépendants le prouve, le quidam se diversifie. La sur-consommation vient de perdre du terrain. Le réseau indépendant explose. La technologie nous a offert les outils de sa propre destruction. Chacun peut produire, fabriquer, vendre, se diffuser
Dés lors les majors ne sont que des machines à Pub et nous pouvons nous en passer.
Dans le meilleur des cas, le groupe démarche salles, festivals
et ne devra son succès quà la persévérance et lendurance, labandon total. Plusieurs années de ce cycle et la notoriété acquise, il devient enfin le produit que les majors récupèrent et produisent à leur tour.
A la fin du cycle, nous avons tué 99% de bonne volonté, au profit des 99% produits-marketing mis en place par les majors
alors doit-on parler de faute de goût ou de doctrine quand un élu de la Star Ac parvient à vendre 4 millions de single et devient la Star kleenex dune partie de la jeune génération manipulée ? Ces ventes sont le produit de têtes bien pensantes et sans ce carnage médiatique, on ne trouverait pas plus dun dixième des artistes actuel dans le paysage culturel. Il se produit que personne nest plus dupe de la manipulation, les ados sorientent vers des choix plus personnels, nous assistons sereinement à la petite mort des strass et des paillettes au profit des artistes de la rue, indépendants, si vivants !
Que peut-on dire des ouvertures laissées aux jeunes groupes qui débutent ? Elles nont jamais été aussi vastes ! Nous construisons lavenir, ensemble nous constituons la scène indépendante, le poumon culturel, par des actions isolées nous construisons le réseau qui lorsque les liens seront scellés, constituera la prochaine révolution culturelle !
Auto Production, galères et Hypocrisies
Et si nous abandonnions lidée même de profit au profit justement des idées, de lart sincère improductif mais nécessaire à la diversité culturelle, si les salles, radios, télé ouvraient enfin des créneaux pour permettre aux indépendants lexpression directe
Notre seule ouverture passera par le développement du réseau indépendant
et cest exactement ce qui se passe. Nous gagnons du terrain, petit à petit, les structures indépendantes tissent enfin le réseau tant attendu, les majors et le système sont en perte sèche et nous assisterons bientôt à lavènement du monopole « business » au profit de la création libérée.
Article paru dans l'ALTERNATIF
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Rédigé par David Law